Entre accompagnement et dérives, comment protéger nos clients
L’essor du coaching, qu’il soit dans le domaine du sport, de la santé et du bien-être, a bouleversé le vieux paysage de la prévention et de l’accompagnement sportif. Dans ces filières où le titre de « coach » n’est pas protégé, les dérives se multiplient. À la frontière entre motivation, santé et influence, une question se pose sérieusement dans nos activités de coaching : comment pouvons-nous garantir la transparence et la sécurité de nos clients ?
Par Christian Guérin
Coach sportif et préparateur mental. Docteur en Sciences de l’Éducation et Sciences humaines, diplômé INSEP option « Ingénierie de Formation » – Responsable Bureau des Entreprises du LP Vauban (Nice) – Chroniqueur FMT
Un métier en zone grise
Depuis la crise sanitaire, la demande de coaching personnalisé a explosé. Selon France Compétences, plus de 70 000 « professionnels» exercent aujourd’hui une activité de coaching sportif, bien-être ou santé en France — une hausse estimée à +12% par an. Bien que ces chiffres ne précisent pas si ces professionnels sont tous diplômés d’État, le besoin d’accompagnement est réel malgré un cadre flou. Le titre de « coach » n’est ni réellement défini, ni protégé, ni encadré par la loi somme toute : tout un chacun peut donc s’en revendiquer sans risque … J’ai rencontré Julie, 42 ans, infirmière de formation, qui m’a témoigné son expérience en ses mots : « Quand j’ai cherché un coach santé pour m’aider à gérer mon stress et mon poids, j’ai été submergée par les offres. Certains proposaient des suivis nutritionnels sans diplôme, d’autres des séances à base d’énergie ou de respiration cellulaire… difficile de savoir à qui faire confiance ». Le coaching, initialement centré sur la performance sportive ou le développement personnel, s’est aujourd’hui totalement dilué dans une multitude d’approches — certaines pertinentes, et d’autres plus discutables. Finalement, il est surprenant de constater un paradoxe : à mesure que notre profession se démocratise, les frontières entre accompagnement et pseudo-thérapie s’effritent …
Les dérives du coaching sport et santé : entre belles promesses et emprise
Pour argumenter nos propos, partons d’une enquête de la DGCCRF publiée en 2024 : elle révèle que près de 80 % des coachs «qualifiés» de « bien-être » présentent des anomalies : absence de qualification certificative, pratiques commerciales trompeuses, allégations de santé infondées par exemple. Sur les différents réseaux pullulent des sémantiques surprenantes telles que des promesses de « reconnexion énergétique », de « détox émotionnelle » ou de « coaching anti-dépression » sans aucune base scientifique. Tout le monde y va de son imagination afin de proposer des services de plus en plus originaux à des fins d’attractivité. Une ancienne cliente, Sophie, 41 ans, me disait encore : « Un coach que j’avais contacté m’a conseillé d’arrêter mes médicaments contre l’anxiété, assurant que la respiration consciente suffisait. J’ai vite compris qu’il dépassait son rôle ».
Des dérives, souvent marginales, mais médiatisées, ternissent en réalité l’image des professionnels formés et diplômés.
Frédéric Pfeferberg, Coach sportif titulaire entre autres d’un BPJEPS, en témoigne : « Nous sommes nombreux à travailler sérieusement, à respecter nos limites, mais certains abusent du flou juridique. Résultat : les clients confondent tout et nous devons sans cesse justifier nos compétences ». Certains experts évoquent aussi un risque d’emprise psychologique ou de dérive sectaire. Oui, sectaire. Le terme choque, mais j’appuie mes propos sur les observations du Centre Contre les Dérives Sectaires (MIVILUDES). Leurs études sur le terrain ont d’ailleurs alerté sur la multiplication de pratiques « alternatives » sous couvert de coaching, notamment dans le bien-être et la santé naturelle.
Transparence et éthique : la clé de la confiance
Face à cette confusion des genres et des pratiques, les professionnels du secteur prônent la transparence et le respect d’un cadre éthique clair. Les coachs sportifs diplômés (B.E.E.S., BPJEPS, DEJEPS, D.U., licences STAPS, etc.) disposent déjà d’un référentiel d’activités reconnu et d’une responsabilité légale associée en cas de blessure. Bien que les clients ne soient pas encore totalement au fait de leurs consultations, l’affichage des diplômes et cartes professionnelles, les contrôles des différentes DRAJES militent pour une meilleure régulation et visibilité du métier. Mais pour les Coachs santé ou bien-être, les repères sont moins solides. Certaines formations affichent certes des labels RNCP, tandis que d’autres ne reposent que sur des certifications privées ou des stages en ligne. Julie, Coach santé certifiée RNCP précise en ses termes :
« Je présente toujours mes diplômes et j’explique à mes clients ce que je peux faire ou pas faire, je ne suis ni diététicienne ni psychologue. Mon rôle est d’accompagner, pas de soigner ». Des fédérations tentent de structurer le métier. Face à la multiplication des pratiques, a SFCoach (Société Française de Coaching) et l’ICF France ont mis en place des chartes déontologiques exigeant une supervision tracée, une formation continue et une confidentialité assurée. Mais rien n’oblige les coachs à y adhérer. Un responsable de la SFCoach indiquait sur les réseaux publics que « le problème n’est pas la diversité des approches, mais l’absence de filtre minimum. N’importe qui peut vendre du coaching santé sur Instagram sans aucun contrôle ».
Vers une nécessaire régulation du secteur
Malgré une actualité politique controversée, il est étonnant de constater que la question revient régulièrement dans le débat public. En 2025, une pétition citoyenne déposée à l’Assemblée nationale réclame encore la création d’un cadre légal pour les Coachs santé et nutrition, afin de protéger les consommateurs et distinguer les pratiques professionnelles des pratiques commerciales déguisées. Plus en détail, le texte propose d’instaurer un registre national des Coachs certifiés et des sanctions pour usurpation de compétence médicale. Certains parlementaires s’y intéressent, mais le gouvernement reste prudent : trop de réglementation risquerait de freiner l’innovation et l’entrepreneuriat dans un secteur en pleine mutation. Pourtant, les acteurs du terrain, clients et Coachs certifiés, sont demandeurs. Les professionnels le disent, comme Juliette, 34 ans, ancienne cliente et aujourd’hui Coach certifié RNCP : « Nous avons besoin d’un label reconnu, d’une garantie pour le public et pour nous-mêmes ? Sinon, c’est la réputation de tout un métier qui vacille ». Une image à incarner… à tout prix !
Un défi collectif : crédibiliser le coaching de demain
Au-delà des dérives évoquées, le coaching santé et sportif joue un rôle majeur dans la prévention et l’éducation à la santé. Les professionnels diplômés agissent en première ligne pour promouvoir le mouvement, la nutrition équilibrée et l’hygiène de vie. Mais sans cadre commun, la confiance du public s’effrite. Certains appellent à la création d’un label public de type « Coach Santé certifié », plaqué sur le modèle des kinésithérapeutes ou des psychologues. Un Coach sportif et bien-être officiant dans une salle de sport familiale m’indiquait encore que
« ce n’est pas d’interdire qu’il s’agît, mais de protéger. Notre métier repose sur la confiance. Elle ne peut exister que si le client sait qui est en face de lui ».
Alors que le coaching devient un pilier de la prévention santé, le secteur se trouve à la croisée des chemins : réguler pour protéger, sans figer l’innovation. Une équation délicate, mais indispensable à la crédibilité de la profession.
En guise de conclusion
Le coaching santé et sportif ne cesse de se réinventer, porté par une demande croissante et des pratiques de plus en plus hybrides. Mais son avenir repose sur un équilibre fragile : entre liberté et encadrement, entre accompagnement et manipulation, des questions se posent de plus en plus : faut-il réglementer le métier de coach santé comme celui de diététicien ou de psychologue ? Et comment encadrer sans étouffer l’esprit entrepreneurial qui a fait son succès ? Car, ne l’oublions pas, « pour ce qui est de l’avenir, il ne s’agit pas de le prévoir, mais de le rendre possible » (Antoine de Saint-Exupéry).
