La période de confinement s’est révélée être une rude épreuve pour toutes les professions médicales. Les masseurs kinésithérapeutes, qui ont pu compter sur le soutien de leurs institutions, demeurent inquiets pour l’avenir, même si la crise les a contraints à faire évoluer leur métier.

 

Les kinés sont prêts pour la réouverture de leurs cabinets, à l’image de Mickaël Mulon – président du SNMRK.

 

Tous les personnels soignants n’ont pas vécu cette période de confinement de la même manière. Certains « au front » souvent démunis sans véritables équipements (les soignants des hôpitaux) et d’autres, passifs, inactifs contraints avec des cabinets fermés ; dentistes, masseurs kinésithérapeutes… Des kinés salariés des hôpitaux rejoints par certains volontaires « appelés », particulièrement sollicités et souvent démunis (masques, blouses…). Et des kinés indépendants, libéraux, qui s’inquiétaient pour leurs patients et pour la survie de leur cabinet.

 

Des kinés parfois isolés, mais pas abandonnés. Syndicats, fédérations, URPS, Ordre ont joué leur rôle de représentants auprès de l’administration. Tant pour venir en aide à ceux qui exerçaient, qu’aux autres, dont les cabinets étaient à l’arrêt. Comme le soulignent les professionnels interrogés (et pas forcément syndiqués) : « C’est l’une des rares fois où les syndicats ont tiré dans le même sens… Nos instances ont fait le boulot. » De fait l’Ordre est immédiatement entré en contact avec les affaires sociales du Sénat ; avec la CNAM pour traiter notamment des remboursements des téléconsultations…

 

Le SNMKR a tout de suite réagi pour établir un état des lieux, via un sondage. Les trois quarts des kinés ayant fermé leurs cabinets. Les autres ayant opté pour le télésoin et/ou les visites à domicile enregistraient également une perte de revenus estimée à 40% en moyenne… Une plateforme pour répondre aux questions a immédiatement été mise en place par le SNMKR, avec des conseils, notamment pour bénéficier de la somme forfaitaire de 1500 €. Les régions se sont également mobilisées. Christophe Mahieu, libéral
dans le sud-ouest tient à féliciter l’action de l’URPS d’Occitanie : « Ils ont fait un taf d’un autre monde, notamment dans le maillage des professions de santé, ce que nous avions un peu laissé de côté. »

 

De son côté la FFMKR s’ est particulièrement intéressée à la situation dans les EHPAD. Un drame selon son président Sébastien Guérard qui a plusieurs fois alerté les autorités sanitaires, puis le président Macron devant notamment les résultats de l’enquête menée au sein de ces établissements : « Lanceur d’alertes depuis le début du confinement sur les conséquences tragiques de l’isolement et sur la grabatisation des résidents, la FFMKR déplore le décalage entre la prise en considération de ses mises en garde et la réaction des pouvoirs publics. Aussi, la FFMKR demande instamment au président de la République d’agir pour une véritable amélioration de l’accès des kinésithérapeutes libéraux aux EHPAD, afin de limiter la grabatisation des résidents et le risque de surmortalité qu’elle entraîne. »

L’enquête FFMKR montre notamment que 85% des patients ont subi un arrêt des soins de kinésithérapie d’au moins 3 semaines ; qu’aucun kinésithérapeute n’est intervenu pendant 6 semaines dans 2 EHPAD sur 3 ou encore qu’1 kinésithérapeute sur 2 doit utiliser ses propres moyens de protection pour respecter les règles d’hygiène imposées par l’EHPAD… La fédération s’est également axée sur le télésoin en organisant un webinar (10 avril) pour décortiquer les opportunités de cette pratique. D’autres comme Rééduca se sont rapprochés de la profession. L’organisateur du salon a voulu savoir comment les masseurs kinésithérapeutes faisaient face au coronavirus et surtout comment ils se réinventaient en cette période particulière ?

 

 

Le télésoin en question

 

Dans l’urgence, le CNOMK a demandé la publication d’un texte qui permettrait de mettre en oeuvre des actes de télérééducation pour les soins qui auront été interrompus au cabinet. Les patients qui souffrent d’une pathologie chronique nécessitant des soins en kinésithérapie de manière ininterrompue, ont pu (parfois) se les voir prodigués à domicile. En effet, l’Ordre a demandé aux kinésithérapeutes de tout mettre en oeuvre pour éviter les hospitalisations des plus fragiles en prenant en charge dans le respect strict des règles d’hygiène et à leur seul domicile les patients vulnérables pour lesquels l’arrêt des soins risquerait d’entraîner une aggravation majeure, notamment ceux atteints de
pathologies chroniques nécessitant de la kinésithérapie de désencombrement (par exemple mucoviscidose, dyskinésies ciliaires primitives, BPCO…) ainsi que les patients polyhandicapés et les personnes âgées dépendantes. Cette pratique de la kinésithérapie à distance fait déjà débat depuis un moment et le confinement l’aura sans aucun doute ravivé. Mais pour certains comme Christophe Mahieu, à circonstances exceptionnelles mesures qui ne le sont pas moins : « Appelons un chat un chat, certains kinés de ma région (Occitanie) ont carrément abandonné leurs patients.

 

Au motif de ne pas prendre ou faire prendre de risques ou encore parce que 4 déplacements dans la journée ne sont pas rentables. Alors, moi qui suis plutôt spécialiste des sportifs, j’ai pris les choses en mains. Emmené par notre URPS, un groupe solidaire s’est constitué. Des soins à distance bien sûr, car bien conseillés, c’est beaucoup mieux que rien et des soins à domicile pour ne pas abandonner les patients… Et puis j’ai participé à la mise en place d’une unité Covid. Selon le système D, avec les moyens du bord, des
tentes aux logos commerciaux dans un gymnase, en collaboration avec les autres acteurs médicaux. Nous avons recréé un lien distendu… » Christophe Mahieu identifie néanmoins une autre faille dans son métier : « Avant nous vivions une différence entre les kinés de l’hôpital et les indépendants. Aujourd’hui, durant la crise, certains d’entre nous se sont rapprochés des kinés salariés et la faille se vit davantage entre les libéraux qui pleurent, qui réclament des masques et des prises en charge et les autres qui connaissent le revers de la médaille libérale et qui néanmoins font face, continuent d’exercer leur métier, car il y avait énormément de travail durant cette période, même si comme tous les autres kinés j’ai perdu de l’argent, plus de 10.000 euros par mois, mais c’est le jeu quand on est libéral.

 

Nous avons appliqué le système D pour les masques, les blouses, etc. Et notre implication va payer et j’enregistre déjà une nouvelle clientèle, ravie de n’avoir pas été abandonnée en pleine crise. » Une position tranchée, mais il rejoint pourtant l’avis général en considérant que son métier va évoluer après le confinement, en raison notamment des besoins post-coronavirus : « Tous les kinés vont accueillir des patients qui sortent d’un long séjour à l’hôpital, avec une rééducation cardio-respiratoire aussi bien que physique. » Une position défendue par Martine Lemaire qui exerce à Metz et qui affirmait lors de son intervention sur TF1 : « Les kinés ont un rôle à jouer en sortie d’hospitalisation ! » Et ce n’est pas Patrick Emaer, atteint par le virus et placé en coma artificiel durant 3 semaines qui dira le contraire : « J’ai cru mourir. Mais je suis finalement revenu… Il faut maintenant tout réapprendre. A respirer et à bouger.

 

J’ai des séances de kiné quotidiennes et je savoure chaque petite victoire. Pouvoir me déplacer à l’aide d’un déambulateur, ou encore gagner quelques centimètres d’amplitude dans le bras droit… Car on ne dit pas assez combien les séquelles de cette maladie sont importantes. » Si la plupart des professionnels se disent prêts à accueillir leurs patients, certains comme les kinés d’Ile-de-France peuvent, en plus, compter sur l’implication de la Région qui a décidé d’attribuer à cette profession essentielle pour la continuité des soins et des prises en charge des Franciliens 100 000 masques chirurgicaux. En lien étroit avec l’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes, l’URPS d’Ile-de-France et les syndicats professionnels, ces masques seront distribués à l’ensemble des professionnels en activité, selon des règles transparentes et équitables.

 

 

Des pistes pour la kiné post Covid

 

On parle énormément de réanimation et de ventilation, mais la plupart des gens ne semblent pas savoir de quoi il s’agit. Il ne s’agit pas d’un masque à oxygène posé sur la bouche pendant que vous terminez la recherche du temps perdu. La ventilation invasive pour le covid (intubation qui se fait sous anesthésie générale) consiste à rester 2/3 semaines immobile, souvent sur le ventre, avec un tuyau enfoncé dans la bouche jusque dans la trachée et qui vous permet de respirer au rythme de la machine à laquelle il est attaché. Vous ne pouvez pas parler ni vous nourrir ni rien d’autre de façon naturelle. La gêne et la douleur nécessitent l’administration de sédatifs et analgésiques pour assurer la tolérance du tube par le patient pendant la durée de la prise en charge (coma artificiel).

 

En une vingtaine de jours de ce doux traitement pour un patient jeune (40 ans), la perte de la masse musculaire est d’environ 40% et la rééducation de 6 à 12 mois, souvent associée à des traumatismes de la bouche ou des cordes vocales. C’est pour cette raison que les personnes âgées ou déjà affaiblies par d’autres pathologies sont souvent incapables de tenir physiologiquement. Hellocare – plateforme e-santé mettant en relation les patients et les professionnels de santé – souhaite poursuivre son accompagnement auprès des patients en mettant gratuitement à disposition des Psychologues pour aider la population à traverser cette crise sanitaire (personnes isolées, peur, deuil, etc.) ainsi que des kinésithérapeutes pour les patients ayant des problèmes respiratoires.

 

Face à la pandémie actuelle, les pouvoirs publics mais aussi de nombreux professionnels de santé encouragent fortement la téléconsultation en cette période de confinement. Pour approfondir cette démarche, Hellocare facilite donc l’accès aux professionnels de santé pour une prise en charge rapide. Hellocare et PhysioAssist – solution innovante pour un drainage bronchique efficace et sans effort – se mobilisent aux côtés des kinésithérapeutes respiratoires volontaires pendant la période du confinement. Pour les personnes souffrant de troubles respiratoires chroniques, les deux acteurs proposent un service de téléconsultation gratuit afin qu’ils puissent accéder aux conseils et à l’expertise des Kinésithérapeutes pendant cette crise.