Talons hauts, sport intensif ou chaussures trop étroites, nos pieds sont parfois mis à rude épreuve. Cela entraîne des douleurs vives à l’avant du pied, causées par un nerf comprimé entre les orteils. Il s’agit du névrome de Morton ! Découvrez comment le reconnaître, le traiter et l’éviter par le biais de la kinésithérapie.  

Qu’est-ce que le névrome de Morton ?  

Le névrome de Morton est une inflammation et/ou un épaississement du nerf situé entre les deux orteils. Dans la plupart des cas, la compression du nerf interdigital entre les métatarsiens intervient souvent entre le 3e et le 4e orteil. Malgré l’utilisation du terme “névrome”, plus communément associé à une tumeur, il s’agit d’une irritation causée par un frottement régulier ou une compression. 

Le nerf s’épaissit à force d’être comprimé et provoque une douleur vive sous l’avant-pied. Les douleurs peuvent s’associer à une sensation de brûlure, de caillou dans la chaussure ou encore d’électricité. La gêne apparaît en marchant surtout, dans des chaussures serrées.  

Schéma anatomique du nerf interdigital impliqué dans le névrome de Morton

Quels sont les signes cliniques du névrome de Morton ?  

Douleurs et sensations caractéristiques

  • Une douleur lancinante à l’avant du pied localisée entre deux orteils. Elle est généralement vive et irradie vers les orteils.  
  • Une sensation d’un corps étranger sous la plante du pied. Les patients comparent cela à un caillou dans la chaussure ou l’impression de marcher avec un pli de chaussette.  
  • Un engourdissement ou des fourmillements, les patients évoquent une sensation de décharge électrique. Habituellement, les orteils concernés souffrent de paresthésies. 
  • Une douleur déclenchée par la marche et des chaussures serrées. L’intensité de la douleur augmente avec le port de talons hauts.  
  • Un soulagement en retirant les chaussures ou en massant les pieds.  

Quelles sont les techniques d’évaluation manuelle et instrumentale en kinésithérapie ?  

Avant de procéder au suivi de la patientèle, le kinésithérapeute ou masseur-kinésithérapeute doit confirmer l’origine de la douleur. Son rôle est de localiser le névrome et d’identifier les facteurs mécaniques qui l’entretiennent. Cela peut venir des chaussures, de la mobilité articulaire ou encore des appuis du pied. Pour répondre à toutes ces questions, il a recours à différentes techniques d’évaluation…  Ces méthodes s’inscrivent dans l’ensemble des techniques de kinésithérapie utilisées pour analyser les troubles musculo-squelettiques et adapter la prise en charge.

Dans cette vidéo pédagogique, le physiothérapeute Denis Fortier présente les mécanismes du névrome de Morton et propose des conseils ainsi que des exercices pour soulager les douleurs à l’avant-pied.

Évaluation manuelle du névrome de Morton

Pour réaliser une évaluation manuelle, le kiné a recours à :  

  • Une palpation de l’avant-pied : pression entre les têtes métatarsiennes, recherche de douleur à la pression et sensation de nodule épaissi.  
  • Un clic de Mulder aussi connu sous le nom de signe de Mulder : une compression latérale associée à une pression sur l’espace inter-métatarsien et perception d’un clic qui décrit le déplacement du névrome.  
  • Une recherche de paresthésies liées à la compression du nerf. 
  • Des tests de mise en charge : marche, pointe du pied ou appuis unipodaux.  
  • Une analyse de la chaussure : étroitesse à l’avant du pied, talons hauts ou semelles trop rigides.  

L’évaluation fonctionnelle du névrome de Morton

Le spécialiste peut également rechercher des facteurs biomécaniques associés en observant :   

  • La mobilité de la cheville et de l’avant-pied  
  • L’hyper-appui sous les têtes métatarsiennes 
  • L’hallux valgus ou griffes d’orteils  
  • Le pied creux ou plat  
  • Le déficit musculaire des fléchisseurs/stabilisateurs 

Cette étape de l’évaluation est essentielle parce que le traitement passe par la correction des appuis.  

L’évaluation instrumentale du névrome de Morton 

Afin de compléter son observation, le kiné peut avoir recours à une évaluation instrumentale à l’aide de :  

  • L’imagerie médicale comme une échographie ou une IRM pour visualiser l’épaississement du nerf et/ou localiser précisément la lésion.  
  • La plateforme de podométrie dans le but d’analyser les pressions plantaires et mettre en évidence la surcharge de l’avant-pied.  
  • La baropodométrie dynamique qui analyse les appuis pendant la marche et détecte le transfert excessif vers les différents rayons.  
  • La vidéographie pour analyser la marche et étudier la foulée en quête d’une boiterie ou d’une diminution du déroulé du pied. 
tableau de suivi des progres des patients en kinesitherapie

Quel protocole de prise en charge kinésithérapique choisir ?  

Le protocole de prise en charge kinésithérapique varie d’un patient à l’autre. Il vise avant tout à réduire la douleur, diminuer la compression et permet de corriger les facteurs mécaniques qui encourageant l’irritation du nerf. Chaque protocole est différent parce qu’il dépend de la sévérité, de la taille du névrome de Morton et du mode de vie du patient. Voici les différents protocoles possibles…  

Le travail sur la douleur et la décompression

Ce travail est utile pour réduire la pression mécanique sur le nerf et ainsi, faire baisser la douleur. Les techniques sont :  

  • Des massages transverses profonds (MTP) au niveau de l’espace inter-métatarsien.  
  • Des mobilisations des têtes métatarsiennes pour libérer l’espace du nerf.  
  • Des techniques de décoaptation de l’avant-pied.  
  • Des étirements des muscles intrinsèques et du fascia plantaire.  

La correction des appuis

Elle vise à réduire la compression à l’aide d’un travail de la part du kiné sur :  

  • La mobilité de l’articulation de la cheville 
  • La souplesse du triceps sural et fascia plantaire  
  • Le renforcement du pied par le biais des muscles stabilisateurs 

Les exercices de renforcement

Les exercices de renforcement proposés par le kinésithérapeute viennent répartir correctement les appuis. Ils stabilisent l’avant-pied et réduisent l’écrasement des métatarsiens. C’est une sorte de rééducation qui réduit la douleur et qui passe par :  

  • Une griffe des orteils avec une serviette ou des billes 
  • Des élévations sur pointe  
  • Des marches sur le sable ou sur un tapis souple 
  • Une proprioception sur coussin ou sur plateau.  

Les conseils de chaussage et d’adaptation

Autre élément à prendre en compte pour réduire l’inconfort d’un névrome de Morton : écouter les conseils du kiné en matière de chaussage. Pour obtenir de véritables résultats, vous devez jouer le jeu et respecter les recommandations suivantes :  

  • Privilégier des chaussures plus larges à l’avant-pied.  
  • Miser sur des semelles absorbantes, amortissantes ou des orthèses inter-métatarsiennes.  
  • Éviter les talons hauts et les chaussures avec des bouts pointus.  

Les ondes de choc

Il est possible que le kiné propose le recours à des ondes de choc particulièrement pour les cas douloureux et persistants. Le choc a un effet antalgique profond et peut naturellement améliorer la vascularisation. Pour en savoir plus sur la thérapie par ondes de choc, découvrez notre article sur le sujet.

Quelles sont les limites de la kinésithérapie pour ce trouble et comment y palier ? 

Analyse des appuis plantaires en kinésithérapie pour le névrome de Morton

La kinésithérapie peut nettement améliorer les symptômes du névrome de Morton, particulièrement lorsqu’il s’agit d’une irritation récente ou modérée. Cependant, dans certain cas, il convient de procéder différement. C’est notamment le cas quand :  

  • Le névrome est trop volumineux :  le kiné peut réduire la douleur, mais il ne peut pas supprimer un névrome bien installé. Il convient alors d’avoir recours à une consultation spécialisée. La solution est souvent des infiltrations cortisoniques ou une alcoolisation du névrome pour réduire l’inflammation.  
  • La cause mécanique persiste : le kiné ne suffit plus à soulager la douleur à cause du mode de vie, la solution est alors de changer de chaussures, d’opter pour des semelles orthopédiques ou une adaptation du sport.  
  • Le soulagement parfois lent : la rééducation est efficace, mais progressive, elle nécessite plusieurs semaines ou mois. Le patient abandonne pour cause d’impatience. Ici, il est préférable d’expliquer le mécanisme et fournir des exercices à domicile.  
  • Des douleurs confondues avec un névrome de Morton qui sont plutôt à l’origine d’une arthrose, de métatarsalgies ou de bursite. Dans ce cas de figure, le mauvais diagnostic rend le suivi kiné inutile. Des douleurs confondues avec un névrome de Morton peuvent également être liées à d’autres pathologies, comme une algodystrophie, rendant la prise en charge inadaptée. Il faut donc confirmer avec une imagerie, un bilan podologique ou un examen clinique complet. 
  • La douleur reste chronique malgré le kiné : si après 3 à 6 mois la prise en charge bien conduite, la douleur est toujours présente, il faudra prévoir une solution médicale. Il est possible d’avoir recours à des infiltrations, une alcoolisation et des ondes de choc. La chirurgie est possible.  

Le kinésithérapeute améliore la douleur et l’appui chez la plupart des patients. Toutefois, ce suivi doux et progressif possède ses propres limites. Lorsque les douleurs et les causes mécaniques persistent, voire que le diagnostic est incertain, il est préférable de palier à ce suivi par une autre prise en charge, qu’elle soit orthopédique, médicale ou chirurgicale. Pour un complément d’information clinique détaillé, vous pouvez consulter ce document du CHU de Bordeaux expliquant le névrome de Morton et ses manifestations.

 

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